60% des adultes français ne font pas assez d’exercice : la preuve par l’INSERM

En janvier 2023, l’Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale (INSERM) a publié une étude établissant que 6 adultes français sur 10 ne pratiquent pas suffisamment d’activité physique. Ce chiffre n’est pas une extrapolation : c’est une mesure directe des comportements réels de la population adulte en France.
L’inactivité physique augmente le risque de maladies cardiovasculaires, de diabète de type 2, de certains cancers et de troubles musculo-squelettiques. Elle aggrave aussi les troubles anxieux et dépressifs, deux pathologies en forte hausse depuis 2020. La sédentarité pèse sur les dépenses du système de santé et sur la qualité de vie collective.
Ce qui frappe davantage, c’est que l’écart entre savoir et agir reste immense. Presque tous les adultes français connaissent les bienfaits du sport. Mais la connaissance ne suffit pas à changer un mode de vie construit autour de la voiture, du bureau et des écrans. Les freins sont structurels autant qu’individuels.
Et ce problème ne touche pas seulement les personnes âgées ou les populations en difficulté sociale. Les 25-50 ans – actifs, connectés, souvent bien informés – font partie des profils les plus sédentaires. Charges professionnelles lourdes et temps libre fragmenté expliquent cette inactivité. Mais depuis 2022, des initiatives publiques cherchent à inverser cette tendance.
La campagne « À la recherche du temps perdu » a-t-elle vraiment changé les comportements ?
Le 10 mai 2022, le Ministère des Solidarités et de la Santé a lancé une campagne nationale intitulée « À la recherche du temps perdu ». Son objectif : pousser les Français à intégrer davantage d’activités physiques dans leur quotidien. Le message central affirmait que le temps existe, il suffit de le réorganiser.
Pourquoi beaucoup de Français déclarent « ne pas avoir le temps » de faire du sport ?
Le manque de temps est la première excuse citée. Mais souvent, c’est une question de priorités perçues. Une journée de télétravail peut sembler chargée tout en restant très sédentaire. Le sentiment d’urgence professionnelle écrase les créneaux de mouvement. La campagne ministérielle a voulu casser ce réflexe en montrant des gestes simples : intégrables dans un agenda inchangé.
Pour aller plus loin : Le sport transforme votre santé mentale : preuves et résultats.
Le coût des salles de sport est-il vraiment un frein majeur ?
Oui, pour une partie de la population. Mais la corrélation entre revenu et inactivité est moins directe qu’on ne le croit. La marche rapide, le vélo, la course à pied : gratuits ou quasi-gratuits. Le vrai frein, c’est l’absence d’habitude et le manque d’environnement social encourageant. Les personnes qui s’y mettent seules abandonnent bien plus vite que celles qui débutent en groupe.
Deux ans après son lancement, la campagne a-t-elle produit des résultats mesurables ?
Les résultats restent mitigés. La campagne a augmenté la notoriété et la prise de conscience. Mais les données INSERM de 2023 montrent que le chiffre des 60% d’adultes insuffisamment actifs n’a pas significativement évolué. Une campagne de communication seule ne modifie pas des habitudes ancrées sur des années. Elle doit s’accompagner d’investissements dans les infrastructures et de leviers concrets au niveau des entreprises et des collectivités.
Comparatif : 5 types d’activités physiques pour débuter sans vous ruiner

Choisir comment bouger dépend de votre budget, de votre emploi du temps et de votre rapport au collectif. Voici cinq options accessibles, comparées sur leurs caractéristiques réelles.
| Activité | Coût mensuel | Intensité cardiaque | Sociabilité | Flexibilité horaire |
|---|---|---|---|---|
| Marche rapide | Gratuit | Modérée | Faible à forte (selon format) | Très élevée |
| Vélo urbain | Achat 50-200€, puis gratuit | Modérée à élevée | Faible | Élevée |
| Natation (piscine municipale) | 10-15€/mois | Élevée | Faible | Moyenne |
| Cours collectifs fitness | 30-60€/mois | Élevée | Forte | Moyenne |
| Sport de club | 20-100€/mois | Variable | Très forte | Faible à moyenne |
La marche rapide reste l’option la plus accessible et la plus adaptable. Mais si la sociabilité joue un rôle dans votre motivation – et elle en joue un décisif – les cours collectifs ou le sport de club crée un ancrage social qui rend l’abandon bien plus difficile.
30 minutes par jour suffisent : pourquoi les Français les trouvent impossibles à trouver
L’Organisation Mondiale de la Santé recommande 150 minutes d’activité physique modérée par semaine. Ramené à la journée, cela fait 30 minutes. Un chiffre modeste sur le papier, mais que 60% des adultes français ne parviennent pas à atteindre selon l’INSERM 2023.
Les raisons sont souvent structurelles. Le télétravail a supprimé les déplacements à pied ou à vélo qui formaient, sans qu’on y pense, une activité physique régulière. Quand les trajets domicile-travail se faisaient en transports en commun, les gens marchaient plus. Quand la voiture remplace le RER, le corps en subit les conséquences.
La charge mentale familiale joue aussi un rôle. Pour les parents actifs entre 30 et 45 ans, les créneaux libres sont souvent monopolisés par des tâches domestiques ou la gestion des enfants. Le sport passe après.
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Mais des solutions existent. Prendre les escaliers plutôt que l’ascenseur. Marcher jusqu’à la deuxième station de métro. Faire une pause active de 10 minutes toutes les deux heures lors des journées de bureau. Ces micro-habitudes ne remplacent pas une activité physique structurée, mais elles constituent un point d’entrée réel pour les profils les plus sédentaires.
Pourquoi passer de 0 à 100 d’activité physique ne fonctionne jamais
Le principal piège : vouloir tout changer d’un coup. Reprendre une activité physique après des mois d’inactivité avec des séances quotidiennes d’une heure, c’est la meilleure façon de se blesser ou d’abandonner au bout de dix jours.
- Semaines 1-2 : 10 minutes de marche rapide par jour. Pas plus. L’objectif : ancrer un réflexe horaire.
- Semaines 3-4 : Passer à 15 minutes ou ajouter une légère montée en intensité (côtes, escaliers).
- Semaines 5-6 : Atteindre 20 minutes continues. Introduire éventuellement une deuxième activité en semaine.
- Semaines 7-8 : Viser les 25 à 30 minutes. La régularité prime sur la performance.
Ce schéma ne convient pas à tous de façon identique. Les personnes avec des antécédents cardiovasculaires ou articulaires doivent consulter un médecin avant de démarrer. Et l’âge change les temps de récupération : à 45 ans, un jour de repos entre deux séances n’est pas un luxe.
Tenir un suivi – carnet papier ou application simple – aide à visualiser la progression. Pas pour mesurer la performance, mais pour rendre visible ce qui, sans trace, reste invisible et donc fragile.
Les Français privilégient enfin les activités en groupe : données 2023-2024
Depuis la campagne ministérielle de 2022, les inscriptions en clubs sportifs et en cours collectifs ont augmenté. Les formats sociaux – clubs de marche, cours de fitness en groupe, crossfit collectif – attirent davantage que le jogging solitaire.
Ce n’est pas anodin. L’engagement social augmente l’assiduité de 40% selon les données sur les comportements sportifs. Quelqu’un qui commence une activité avec d’autres personnes a statistiquement bien plus de chances de la maintenir sur le long terme.
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- Clubs de marche nordique : Présents dans la plupart des villes de plus de 20 000 habitants. Souvent adossés à des associations locales. Tarifs annuels inférieurs à 50€.
- Cours de yoga ou pilates en associations : Entre 5 et 15€ la séance. Cadre collectif. Fréquence hebdomadaire qui structure la semaine.
- Groupes de running informels : Gratuits. Organisés via des applications ou des réseaux locaux. Souvent le samedi matin.
- Sports de raquette en duo (squash, badminton): Accessibles dans les équipements municipaux. Tarif de 5 à 10€ par heure de terrain.
Et le changement de mentalité s’observe surtout chez les 30-45 ans. Ils cherchent à combiner activité physique et lien social après des années de confinement. Le sport est redevenu un prétexte pour se voir.
Mon avis : l’activité physique n’est pas un luxe, c’est une urgence civile
Les données INSERM de 2023 sont sans ambiguïté : 60% des adultes français ne bougent pas assez. Ce chiffre ne reflète pas un manque de volonté individuelle. Il reflète un modèle de vie conçu pour l’inactivité – villes structurées autour de la voiture, télétravail sans déplacement, loisirs numériques sédentaires.
La campagne « À la recherche du temps perdu » lancée en 2022 était un signal positif. Mais une campagne de communication ne change pas des habitudes sans levier structurel. Les pays scandinaves ont intégré le mouvement dans l’architecture urbaine, les rythmes scolaires et les pratiques en entreprise. En Finlande, des espaces de marche active sont prévus dans les nouvelles constructions. La France n’en est pas là.
Trois niveaux d’action me semblent nécessaires. Au niveau des collectivités : développer des pistes cyclables sécurisées, maintenir les équipements sportifs municipaux à tarifs accessibles, créer des espaces verts adaptés à l’activité physique libre. Au niveau des entreprises : assouplir les horaires pour permettre une pause active en milieu de journée, reconnaître le sport comme facteur de productivité. Au niveau individuel : accepter que 30 minutes d’activité ne soient pas volées au travail ou à la famille, mais investies dans une capacité à tenir sur le long terme.
Mais c’est une urgence. Pas dans dix ans. Les effets de la sédentarité s’accumulent de façon silencieuse pendant des années, avant de se manifester en pathologies coûteuses pour les individus et pour le système de soins. Attendre que la situation devienne critique, c’est exactement ce que les données de l’INSERM décrivent.
L’Organisation Mondiale de la Santé recommande aux adultes de 18 à 64 ans au moins 150 à 300 minutes d’activité d’endurance modérée par semaine, ou 75 à 150 minutes d’activité intense. Ces recommandations s’appliquent indépendamment du niveau de forme initial. Une activité légère quotidienne produit des bénéfices mesurables si elle est maintenue dans le temps. L’intensité est secondaire face à la régularité.
